dimanche 11 décembre 2011

Tolstoï et Dostoïevski au cinéma

Pour continuer sur le thème de la Russie au cinéma, je voudrais aujourd'hui vous parler des Frères Karamazov et de La guerre et la paix, deux grands romans russes de la fin du XIX° siècle adaptés au cinéma dans les années 1950. Ces deux grandes épopées conjuguent histoire collective et histoire personnelle, en associant les amours tourmentées des personnages principaux aux bouleversements politiques de leur temps. La grande histoire rejoint la petite histoire dans ces grandes fresques sentimentales et historiques que l'on doit au génie des romanciers russes.


 Le chef-d'oeuvre de Tolstoï fut adapté au cinéma en 1956 par King Vidor, avec dans les rôles-titres Audrey Hepburn, Henry Fonda, et Mel Ferrer. Le résultat est magistral et constitue pour moi à ce jour la meilleure adaptation de La guerre et la paix, roman total qui associe toutes les passions humaines dans une unique et grande aventure dans laquelle l'amour, la haine, la douleur et la pitié se retrouvent inextricablement liés.



Audrey Hepburn est Natasha, déchirée entre son amour passionnel pour le Prince André (Mel Ferrer) et une affection plus raisonnée pour Pierre (Henry Fonda), qu'elle retrouvera après l'avoir perdu.





  Le thème du parricide est le motif central des Frères Karamazov, le chef-d'oeuvre de Dostoïevski, avec une réflexion concomitante sur les valeurs morales de Bien et du Mal, et leur sens dans une société moderne dominée par l'utilitarisme et la recherche du profit personnel. Les bouleversements sentimentaux suivent les égarements de la raison morale des personnages dans un seul grand courant qui emporte tout sur son passage.
 

Ivan est des trois frères celui qui représente le mal, et il apprendra d'ailleurs à ses dépens que "tout n'est pas permis", même dans un monde où Dieu semble avoir abandonné les hommes. Alexis, le plus jeune des trois frères, est au contraire celui qui représente le bien et la foi dans la possibilité d'une humanité meilleure.



 Les frères Karamazov fut adapté au cinéma par Richard Brooks en 1958, avec Maria Schell dans le rôle de Grouchenka, et Claire Bloom dans celui de Katharina Ivanovna, les deux amantes rivales de Dimitri Karamazov, magnifiquement interprété dans le film par ce grand interprète de personnages au destin tragique qu'était l'acteur Yul Brynner.


  

Dimitri, l'aîné des trois frères et le caractère central du roman, il est l'incarnation même du conflit que se livrent les passions contradictoires du coeur humain. Accusé à tort du meurtre de son père, il sera quand même condamné par la justice de ses semblables, mais réussira à s'évader avec le concours d'Alexis et d'Ivan, le véritable responsable du crime voulant réparer le tort qu'il a fait et laver ses péchés. Ce drame familial forme une parabole du destin de l'homme en général, livré qu'il est à ses passions, au conflit du coeur et de la raison, et à la tentation du mal. Il peint aussi une atmosphère générale, celle du siècle dernier finissant, où la foi en l'Homme s'est perdue au profit d'un matérialisme sauvage.  

samedi 10 décembre 2011

Je vous propose pour commencer une petite présentation de mes réalisateurs préférés, ainsi que des acteurs et actrices que j'affectionne tout particulièrement, à travers les grands films qui ont selon moi marqué le cinéma, depuis ses origines jusqu'à aujourd'hui. Mon choix est volontiers éclectique, et l'ordre de mes présentations ne suivra pas une hiérarchie particulière, mais plutôt l'humeur du jour. Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler du Docteur Jivago, grand film romantique s'il en est, qui nous emmène dans les profondeurs de la Russie tsariste puis communiste du début du XX° siècle.


Le Docteur Jivago, film de David Lean réalisé en 1965, avec Julie Christie et Omar Sharif, est l'un de mes films préférés. Chef-d'oeuvre intemporel, il retrace l'histoire tragique de Lara et de Youri, sur fond de Révolution Russe et de bouleversements politiques. Ce film-épopée associe le destin tragique des personnages à l'histoire douloureuse de la russie bolchévique pendant la première moitié du XX° siècle, de la Belle Epoque finissante à l'aube de la Deuxième Guerre Mondiale. 

Pour moi, il s'agit là du film le plus émouvant que David Lean ait réalisé, après le majestueux Lawrence d'Arabie, et cinq ans avant son ultime grand film historique, La fille de Ryan, qui se déroulera en Irlande pendant la guerre civile des années 1916-1922. Le Docteur Jivago associe avec talent splendeur des paysages et magnificence des scènes historiques, avec un côté visuel très travaillé. Mais ce qui donne selon moi une vraie valeur romanesque au film, c'est l'histoire bouleversante de Youri et de Lara, qui tentent désespérément de s'aimer dans la tourmente historique, malgré l'incompatibilité de leurs destinées et la menace extérieure, qui finira par les séparer. Si l'histoire est cruelle avec les personnages de cette histoire, elle est aussi ce qui a d'abord permis de les réunir, car la rencontre n'a pu se produire que dans ce contexte exceptionnel. Je ne révèlerai pas les détails de cette histoire d'amour exceptionnelle, que vous découvrirez vous-mêmes. Ils sont tirés d'une histoire s'inspirant du vécu personnel de Boris Pasternak (1890-1960), auteur du livre d'après lequel est adapté le film.


Magnifique Julie Christie, qui incarne avec beaucoup d'âme dans le film la jeune et frêle Larissa Antipova, victime du cynique Komarovsky, mariée à un jeune idéaliste bolchevique qui deviendra par la suite un homme dur et froid. Elle aimera en secret Youri Andriévitch Jivago, pourtant marié à une autre, mais qui l'aime d'un amour passionné et irrépressible.

Autres films notables avec Julie Christie :
Loin de la foule déchaînée (1967)
Fahrenheit 451 (1966)
Le messager (1971)






Omar Sharif reste l'inoubliable interprète de Yuri Jivago. Il exerce la médecine, mais il est aussi poète à ses heures perdues et écrira des poèmes à Lara, qu'il aime d'un amour passionné. Il est cependant marié à Tonya, une amie d'enfance plus tard devenue sa femme, et qu'il perdra dans la tourmente de l'exil.

Autres films avec Omar Sharif :
Lawrence d'Arabie (1962)
Liés par le sang (1979)
Mayrig / 588 rue paradis (1992)